mother-daughter-love-sunset-51953

Congé parental :une belle opportunité de faire le point sur son projet professionnel

Vous vous posez la question de prendre un congé parental ou pas à l’occasion de la naissance d’un enfant. Vous vous demandez sans doute dans quelle aventure vous vous engagez. Suivez le guide !

Pourquoi le Congé Parental a-t-il été créé ?

Le congé parental a été imaginé afin de permettre à un salarié d’interrompre ou de réduire son activité professionnelle pour élever un enfant.

Il est applicable jusqu’aux trois ans de l’enfant ou suite à une adoption.

Créé en 1977, il a d’abord exclu les salariées des petites entreprises ainsi que les pères. En 1994, il est élargi à l’ensemble des salariées et en janvier 2014 aux pères.

Réformé plus récemment, ce congé est un des outils de la politique nataliste menée par la France de longue date. Combiné aux allocations familiales, aides fiscales, modes de garde, etc. , il permet de maintenir un niveau de fécondité stable et élevé.  Avec un taux de 1,96 enfants par femme, la France fait toujours figure de bon élève face à ses voisins européens qui tournent autour d’1,5 enfants par femme.

50 ans après sa création encore beaucoup d’écueils

En tant que consultantes en gestion de carrière, à chaque fois que nous découvrons une interruption liée à l’éducation des enfants dans un CV, nous constatons que c’est systématiquement une femme qui est concernée.

Un homme sur neuf réduit ou cesse temporairement son activité après une naissance c’est-à-dire « seuls 12 % des pères ont modifié leur temps d’activité au-delà de leur congé de paternité ».  Source Insee 1ière N° 1454

Pas une seule fois, en 30 ans de carrière cumulés par nous deux ( Natacha et Isabelle), nous n’avons rencontré d’hommes ayant suspendu leur carrière via un congé parental !

« En France, plus d’une mère sur deux d’enfants de moins de huit ans s’est arrêtée de travailler après la naissance de ses enfants ou a réduit temporairement son temps de travail, c’est-à-dire au moins un mois au-delà de son congé de maternité ». Source Insee 1ière N° 1454 .

Pour les femmes, les conséquences d’une interruption de carrière pour  congé parental  leur sont encore trop souvent  préjudiciables : atteinte plus rapide du plafond de verre, augmentation salariale plus lente, moins de sollicitation pour participer aux projets de l’entreprise, départ impossible en retraite dans le cadre d’une carrière longue, etc.

Autant de raisons invoquées par les hommes pour déclarer forfait ! Voici un exemple avec Anna, que nous avons accompagnée pendant son congé parental. Elle a accepté de nous livrer son témoignage sur le sujet délicat du rôle du conjoint masculin dans cette situation: « Mon mari aurait pu avoir envie de prendre un congé parental mais la pression sociale aurait été trop forte et incompatible avec ses responsabilités. La question ne s’est donc même pas posée. » nous a -t-elle confié.

Autre préjudice souvent constaté, les salariées redoutent leur retour en entreprise, pour des raisons objectives ou non. Dans tous les cas, elles s’attendent à ce que leur retour soit compliqué en particulier après une interruption totale d’activité :

• Peur de ne plus avoir sa place dans l’entreprise. Les collègues ont changé, on ne les connaît plus forcément.

• Crainte d’être moins compétente. Il peut parfois être difficile de retrouver ses réflexes professionnels, d’autant plus lorsque le quotidien des trois dernières années était essentiellement tourné vers l’organisation du foyer et des soins aux enfants.

• Les missions occupées ont pu être réparties entre différents collègues ou confiées à une personne recrutée à l’occasion de son départ. Naturellement, on va se demander où on va atterrir…

• On peut penser que les femmes ayant opté pour un congé parental partiel (à 70 ou 80%)  se retrouveraient ainsi épargnées et pourtant, elles rencontrent souvent des situations analogues. Par exemple, des réunions aux enjeux cruciaux placées systématiquement le mercredi correspondant le plus souvent au jour pris par les femmes.

• Certains employeurs ont du mal à accepter la réduction du temps de travail ou l’interruption totale. Ils peuvent se sentir trahis par leur collaboratrice et avoir du mal à comprendre leur choix. Aussi, il nous est arrivé d’accompagner des femmes mises au placard à leur retour de congés (missions moins intéressantes, refus d’orientation de carrière, etc.)

De ce point de vue, l’expérience d’Anna est intéressante. Elle avait en effet choisi de ne pas réintégrer son entreprise à la fin de son congé parental de trois ans. Le doute s’était alors installé : « j’étais dans l’incertitude vis à vis de mon employeur, je souhaitais obtenir une rupture conventionnelle afin de pouvoir suivre ma formation sereinement, mais je ne savais pas du tout s’il accepterait ou non. Cela m’empêchait de me projeter réellement dans l’avenir. Finalement, tout s’est bien passé.” dit-elle aujourd’hui avec le sourire.

Voyons le bon côté des choses

Malgré ce  constat que la philosophie portée par le congé parental – 50 après sa création – fait toujours face aux mêmes écueils, nous préférons ici nous attacher à en relever les opportunités pour l’avenir.

Le congé parental est une véritable parenthèse de vie, bénéfique à tous points de vue. C’est dans cet esprit, résolument positif, qu’ Anna a vécu son propre congé parental : « Je pense que si je n’avais pas pris un congé parental je n’aurais pas pu entreprendre un bilan de compétence. Je ne dis pas que je n’aurais pas entrepris un changement mais cela aurait été plus compliqué. Quand on gère une vie de famille et un travail, c’est difficile d’avoir du temps de réflexion pour soi. Lorsque l’on est plongé dans le rythme de la vie quotidienne, ce n’est pas évident de caser du temps pour cela ou alors quand les enfants sont grands… »

Au-delà de la vie professionnelle, le congé parental, nous dit Anna est :  » Une belle parenthèse qui permet de se consacrer pleinement à sa famille et de profiter au maximum de ses enfants. C’est une période propice à la remise en question, car même si les journées sont bien occupées, on a tout de même plus de temps pour se poser les bonnes questions. Osez le changement !”

Quelques conseils pratiques

Avant le congé parental :

• Préparez votre employeur :

Le congé parental est un droit. L’employeur ne peut s’y opposer. Toutefois, il pourrait mal interpréter votre décision si celle-ci n’a pas fait l’objet d’échanges avec lui. Plutôt que de lui imposer votre demande par lettre recommandée, il appréciera que vous l’ayez prévenu en amont et de vive voix. Réfléchissez à la durée de votre congé parental et à sa modalité. Total, à temps partiel, pour 6 mois,  1 an, 2 ans …les conséquences ne seront pas les mêmes pour l’entreprise. Exposez lui le fruit de cette réflexion et travaillez ensemble sur les différentes options pour votre remplacement ou sur  les aménagements à mettre en œuvre si vous optez pour un temps partiel. Votre employeur le vivra moins comme une contrainte si des solutions lui sont présentées et si il est associé dés le début à votre projet.

• Aménagez des moments pour soi :

Le temps du congé parental est souvent vécu comme une mise en parenthèse de sa vie professionnelle afin d’investir pleinement son rôle parental. Régulièrement, nous recevons des personnes qui nous indiquent s’être « oubliées » et, pour certain, regrettent de ne pas avoir mis à profit ce temps. Que ce soit pour faire le point sur sa carrière, se former ou se découvrir des nouvelles passions, il ne faut pas oublier que le temps passe vite.

Anna a choisi de réaliser un bilan de compétence pendant son congé parental et témoigne : « N’attendez pas le dernier moment! Malgré tout, le temps passe vite et il suffit que les dossiers administratifs (de financement, notamment !) traînent un peu pour se retrouver pressé par le temps. Et ce n’est pas le but, car un bilan de compétences est une véritable introspection sur soi-même, il nécessite un véritable investissement personnel et demande parfois un peu de temps pour « digérer » les informations obtenues. Sans oublier la mise en place des démarches de reconversion envisagée pour l’avenir. Donc, bien évidemment, il ne faut pas le démarrer juste après l’arrivée de bébé, mais il ne faut pas attendre les deux derniers mois non plus! »

Pensez à vous fixer des objectifs personnels à atteindre pendant le congé parental et aménagez vous des temps pour les atteindre et cela dés le démarrage de votre congé.

• Réfléchissez bien aux impacts sur la retraite !

Même si la retraite vous semble encore loin, le congé parental (notamment si celui-ci est total) peut avoir de réelles conséquences sur vos droits à la retraite.  Nous avons pu accompagner des salariées de la confection âgées de 58 ans convaincues qu’elles pouvaient partir à la retraite à 60 ans au titre de la carrière longue. Malheureusement, elles n’avaient pas pris en compte les années d’interruption professionnelle pour congé parental total dans leur simulation.  Bien que des trimestres soient en effet validés par la sécurité sociale, les années passées hors de l’entreprise ne permettaient pas de cotiser les trimestres nécessaires pour bénéficier d’un départ avant l’âge légal. Renseignez vous auprès de votre caisse de retraite pour connaître l’impact du congé parental sur vos droits.

Pendant le congé parental :

• Profitez en pour vous former

Il est tout à fait possible de vous former ou de demander à bénéficier d’un bilan de compétences pendant votre congé parental. Cela vous permettra de faire le point sur votre plan de carrière et de réactualiser vos compétences. c’est également un excellent moyen de renouer en douceur avec le monde du travail.  Sachez qu’il est possible de mobiliser son Compte Personnel de Formation pendant un congé parental.

• Gardez le contact avec l’entreprise

Plus vous garderez de contacts avec votre entreprise, plus votre retour sera facilité, surtout si votre congé a été de longue durée. Il n’est pas question de prendre quotidiennement des nouvelles de l’équipe mais d’adresser de temps à autre un mail et proposer de déjeuner à l’occasion avec ses collègues. Vous pourrez ainsi vous informer des nouveautés sur les produits, des nouvelles affectations, de toutes informations utiles pour vous permettre de prendre la température et sonder le climat social de l’entreprise.

Vous pouvez également demander à votre employeur de vous tenir informée des évolutions de l’entreprise et de participer aux événements organisés par l’entreprise et son comité d’entreprise.

En gardant le contact avec votre entreprise, vous réduirez le sentiment d’être complètement perdue à votre retour et vous sentirez davantage en confiance.

• Anticipez votre retour

Quelques mois avant votre retour, prenez rendez-vous avec votre employeur pour faire le point avec lui sur les postes disponibles et sur lesquels vous pouvez vous positionner. Avant cet entretien, faites le point sur les compromis que vous êtes prêt à faire.C’est également l’occasion de réaffirmer votre motivation et de lui rappeler votre date de reprise. Vous lui montrerez que vous avez pris vos dispositions pour reprendre le travail dans de bonnes conditions. Ceci sous-entend que vous ayez également réfléchi à une organisation familiale efficiente, favorable à une reprise sereine (mode de garde, nouvelles répartitions de tâches ménagères, …)

Après le congé parental :

Préparez votre entretien de reprise avec votre employeur

Un  entretien professionnel doit être systématiquement proposé par l’entreprise à tout salarié qui reprend son activité après une période d’interruption due à un congé parental à temps plein ou partiel. Cet entretien a pour objectif de faire le point avec vous sur vos perspectives d’évolution professionnelle (qualifications, changement de poste, promotion, etc.) et identifier vos besoins de formation.

Vos souhaits d’évolution seront plus entendus si vous avez préparé cet entretien en mettant en évidence vos compétences et vos qualités professionnelles en lien avec le poste.

• Faites le point régulièrement

Dans les semaines qui suivent votre reprise, vous pouvez solliciter votre employeur afin d’échanger sur votre évolution au sein de l’équipe et de l’entreprise depuis votre retour. Cet entretien pourra également être l’occasion de balayer le plan d’actions construit à l’issu de l’entretien professionnel de reprise et de l’ajuster au besoin.

• Suivez une formation de mise à jour

Si vous n’avez pas pu suivre une formation pendant votre congé parental, il est peut être utile de vous remettre à niveau au moment de votre reprise. Ceci n’est pas toujours si aisée comme l’illustre Anna  « la reprise des études n’est pas si simple, il faut remettre son cerveau en fonctionnement intensif et après 3 ans de congé parental, ce n’est pas le plus facile!”.

Cependant la formation reste un moyen efficace pour booster sa carrière que ce soit en interne (de son entreprise) ou en externe. D’autant plus que le niveau de qualification influencerait l’interruption de l‘activité :

« les moins diplômées cessent plus souvent leur activité alors que les titulaires d’un diplôme de niveau Bac + 2 tendent davantage à la réduire. » Source Insee 1ière N° 1454

Ainsi il apparaît essentiel de faire le point avant de se lancer. Mettre en balances ses priorités, ce qui compte le plus, ce qui compte le moins afin de faire ses choix en connaissance de cause. Tout en envisageant le congé parental comme quelque chose où le père, la mère et les enfants auraient tout à gagner…Qu’en pensez-vous?

 

Article écrit en Collaboration Avec Natacha Gourlay-Cruz, animatrice territoriale et consultante en gestion de carrière.

 

Isabelle Lagrange

Isabelle Lagrange

Consultante en évolution professionnelle chez Catalys Conseil
Depuis 12 ans j'exerce le métier de consultante spécialisée sur les questions de reclassement professionnel et bilan de compétences.
Isabelle Lagrange

2 réflexions au sujet de « Congé parental :une belle opportunité de faire le point sur son projet professionnel »

  1. Très intéressant. Une seule question se pose encore à moi : comment peut-on se décider sur la durée du congé avant même d’avoir des enfants?

Donnez-nous votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *