Tous les articles par Frédéric VANLIERDE

Je suis consultant et responsable des prestations Prévention des Risques Psycho-Sociaux et promotion de la Qualité de Vie au Travail.

Travail le dimanche, comment concilier vie personnelle et professionnelle ?

A quelles conditions peut-on concilier le travail du dimanche et la qualité de vie ? Nous avons interrogé 75 personnes pour comprendre les impacts sur leur vie personnelle et professionnelle. 

Nous avons mené une étude auprès des salariés de l’enseigne Magasin Vert (Coopérative Triskalia) en Bretagne. Cette étude avait pour objet d’évaluer l’impact de l’ouverture des magasins le dimanche sur la qualité de vie des salariés. Une véritable étude, pas un simple sondage pour ou contre.

Le contexte

Sur 16 magasins, 14 étaient déjà ouverts le dimanche pour deux saisons dans l’année (automne et printemps). Pour certains de ces magasins le travail du dimanche étaient en place depuis leur création.

Le CHSCT a sollicité sa direction pour qu’une étude d’impact soit réalisée par un cabinet extérieur.

Notre mission était de faire prendre conscience aux différents acteurs (CHSCT, direction, représentants du personnel, etc.) de la manière dont les salariés arrivent à concilier vie professionnelle et vie personnelle dans le contexte du travail dominical.

La méthode

Il nous est apparu crucial, de proposer dès le départ aux différents acteurs la réalisation d’entretien en face à face plutôt qu’une simple enquête d’opinion.

Cette approche a convaincu l’entreprise qui nous a ainsi ouvert les portes de tous les magasins de l’enseigne. Cela nous a permis de prendre en considération la perception et le vécu des 75 personnes (50% de l’effectif) avec lesquelles nous avons échangé. 75 personnes tirées au sort pour garantir la neutralité des résultats.

Nous avons rencontré des femmes et des hommes de tous les métiers (caissier, conseiller vendeur, responsable de secteur ou de pôle et directeur de magasin). Certains étaient déjà concernés par le travail dominical, d’autres ne l’étaient pas encore.

Travail le dimanche

Résultats

  • Faire intervenir des consultants, sur le terrain, sur un sujet sensible comme celui-ci a été perçu comme une marque de confiance et d’ouverture de la part de la direction et des partenaires sociaux. Il y a une véritable audace de la part de l’entreprise, une prise de risque qui a créé un sentiment positif chez les salariés. Chacun a pu constater que la direction était sensible à cette question de la conciliation de la vie personnelle et professionnelle.
  • L’étude a également montré le niveau d’engagement des salariés dans l’entreprise. Elle a permis de mettre en évidence la réalité d’une culture d’entreprise et l’attachement des salariés à leur enseigne qu’ils sont prêts à défendre face à la concurrence.
  • Nous avons constaté que les avis sur le travail dominical divergeaient selon la situation familiale et socioéconomique des personnes interrogées. Il n’y a donc pas d’unanimité. Les contreparties financières et de récupération, prévues dans l’accord d’entreprise, semblent être pour certains satisfaisantes.  Pour d’autres qui ne sont pas favorables au travail le dimanche, la question n’est pas dans les contreparties aussi importantes soient-elles. Elle porte sur des critères différents mais considérés comme essentiels dans leur qualité de vie.
  • Il est donc important pour tous les acteurs de comprendre qu’il existe d’autres leviers qui peuvent contribuer à cet équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Il est essentiel d’être attentif au respect des rythmes de travail, à l’équité de traitement et à l’application des règles, à la transparence de la communication, à l’écoute des salariés. C’est à ces conditions que le travail dominical peut-être rendu acceptable.

En tant que consultant, j’estime que les conditions d’intervention de cette étude nous ont permis de garantir la neutralité du cabinet, un regard objectif, une approche mutuellement profitable pour le bien être des salariés et la performance de l’entreprise.

Événement tragique sur mon lieu de travail : comment aborder la suite?

En mars 2015, à Nantes, au sein du Service Social de la Protection de l’Enfance, un éducateur spécialisé décède des suites d’une agression violente à l’arme blanche, sur son lieu de travail. Cet événement dramatique fait perdre pied, sens, motivations. Comment accepter une telle situation ? Comment continuer à travailler ?  De quelles manières chaque collaborateur peut mettre en place les ressources permettant de retrouver du sens ?

Voulant s’interposer entre deux parents durant une visite médiatisée, ce professionnel a été victime d’un coup de couteau mortel.

Cet évènement dramatique intervenu sur le lieu de travail et dans le cadre de la mission de ce salarié, a touché et impliqué de nombreuses personnes, victimes et témoins parmi les collègues de travail et la direction du Service. Il a particulièrement bouleversé et heurté de plein fouet le personnel dans l’exercice de son métier et marqué tragiquement une partie des locaux de l’association.

Une de nos équipes de psychologues et sociologues du travail est intervenue rapidement après l’évènement et accompagne, toujours, les professionnels de ce service.

1 – Une première étape : accompagnement d’une période de transition a été nécessaire pour soutenir les professionnels dans la reprise du travail.

C’est à dire :

  • gérer la situation de tension importante dans les semaines qui suivent un tel événement
  • accompagner la reprise progressive du travail, quelques jours après le drame.

Différents professionnels sont intervenus pour soutenir la direction, les cadres et l’ensemble des salariés dans différentes modalités d’appui.  La Cellule d’Urgence Médico Psychologique du département de Loire Atlantique, notamment, qui a oeuvré pour prévenir et prendre en charge les répercussions psychologiques (trouble post-traumatique).

Les consultants de Catalys Conseil ont pris part à cette première période de transition par des actions de soutien individuel et collectif des professionnels dès les premières semaines avec une approche psychosociale :

Des groupes de parole

ont permis aux professionnels volontaires de partager et d’échanger sur la situation, de favoriser l’expression des  sentiments et émotions, d’envisager la suite de l’activité professionnelle de chacun.

Des entretiens individuels d’écoute

ont permis aux professionnels d’exprimer les émotions, les pensées, de tenter de donner du sens à ce qui est arrivé. En cas de besoin, les consultants ont orienté les professionnels vers des solutions de soins externes (médecin, psychologue clinicien, …).

2 – Une seconde étape : accompagnement du retour à une activité normale, a été nécessaire pour gérer et prévenir les difficultés des professionnels dans le retour au fonctionnement habituel du service.

De nouveau, les consultants ont mobilisé les techniques d’entretiens individuels et de groupes de paroles, afin de permettre aux personnes de :

  • faire une relecture du problème, de la situation qui met en souffrance (mettre du sens, prendre de la distance, partager son vécu ),
  • comprendre comment elles font pour gérer la situation (déni, fuite,…),
  • identifier leurs ressources et comprendre comment elles les mobilisent,
  • trouver des solutions pour reprendre en main leur parcours professionnel.

On se focalise sur la rencontre entre une personne avec son histoire singulière et une situation de travail qui peut mettre en souffrance.

D’autre part, un Espace d’Information Conseil a été mis en œuvre pour les professionnels :

  • s’interrogeant sur leur parcours professionnel : information et conseil sur l’évolution professionnelle, la formation,…
  • ne souhaitant pas reprendre leur activité professionnelle actuelle : information et conseil sur les métiers, un projet de reconversion, une transition professionnelle…

Nos consultants  continuent de soutenir ce Service afin d’accompagner au plus juste, collectivement et individuellement les professionnels qui en ressentent le besoin tant du point de vue psychologique que du point de vue professionnel. L’enjeu étant de permettre à chaque salarié d’identifier ses ressources mobilisables, de retrouver du sens à ses missions et aux valeurs de sa structure.

(Billet co-écrit avec les intervenantes : Aline Abraham et Laurence Jamet.)